Face aux attentats…

Suite aux attentats qui se sont déroulés, Vendredi dernier, je ne pouvais pas vous laisser, chers parents, démunis, désemparés, face à vos enfants, qui vous pressent de questions. Plutôt que de vous mettre des liens vers d’autres sites, ou vous ressortir des phrases de psys, je préfère vous raconter ce que j’ai vécu, moi, en tant qu’adulte, et comment j’ai réagi face à la situation! cela vaudra je pense tous les discours, qu’on tente de faire pour rassurer l’enfant, qu’on entend ces jours ci. Je dis toujours, qu’on peut parler, mais si on ne l’a pas vécu, de près, on ne peut pas savoir exactement le ressenti de cet instant T!

Vendredi 09 janvier 2015, prise d’otages à la porte de Vincennes.

L’école où je travaillais, ne se trouvait pas si loin de là. Nous sommes un vendredi, donc,normalement, il y a les ateliers périscolaires. Nous étions dans la cour, quand, soudain, la responsable arrive, en disant » rentrez les enfants, rentrez les enfants »!

Que se passe-t-il? Une prise d’otages , pas loin!Dans ces cas là,  on applique la procédure de confinement, qui consiste à rester dans la salle de classe. Un vent de panique, souffle parmi les adultes! Mais personne ne parle!

Nous rassemblons et répartissons les quelques 150 enfants, si ce n’est plus,  rejoignent leurs référents, et nous montons dans les classes. Comme je l’ai dis dans mon article « les potins du mercredi », les enfants n’ont pas conscience du temps, ils ne relèvent même pas le fait que nous changions de lieu, au contraire, ils sont contents de rester avec leur maîtresse, la dame de service de d’habitude, et moi. Je précise que j’étais avec des maternelles de 3 à 5 ans. Les bouts de choux qui avaient 3 ans, faisaient la sieste, donc pour eux, tout allait bien! Les autres, il a fallu les occuper, les distraire, c’était plus que jamais un devoir, une nécessité indispensable!

Toutes les habitudes étaient chamboulées, le goûter, servi dans la classe, mais malgré cela, il faut faire preuve de SANG FROID, de courage, car l’adulte, plus que jamais, dans ces moments là, ne doit en aucun cas fléchir, montrer des signes de faiblesse, car, immédiatement, l’enfant, poserait des questions! Je me suis donc mise à même le sol, et j’ai joué, avec eux. Nous attendions, il était question de nous transférer, puis, finalement non. Une petite fille s’était levé, et s’était rapproché des fenêtres. Muriel, pourquoi il y a beaucoup de policiers en bas? Oui! pas moins de 25 cars de CRS, qui s’alignaient, en bas de l’école! Je lui ai répondu, non ce n’est rien, viens plutôt jouer avec nous, et j’ai senti son angoisse s’envoler.

Le ton que vous allez employer, qui se voudra rassurant, l’enfant VA VOUS CROIRE! Parce que c’est vous, qui vous occupez de lui, tous les jours, vous qui le voyez, lui parlez tous les jours! Pourquoi il ne vous croirait pas! Enfin, si l’on peut dire, le dénouement, l’assaut, nous avons entendu, en tant qu’adultes, comme une bombe, et la déflagration, puisque les fenêtres ont tremblé, mais, en détournant l’attention des enfants, en jouant, les faisant parler d’eux, ils ne se sont aperçus de rien! Je peux vous dire, que mon cœur battait à 2000 à l’heure, mais pour ces êtres qui étaient devant moi, qui n’avaient rien demandé, et qui se retrouvaient dedans malgré eux, c’était un devoir de m’oublier!

De retour, chez moi, j’allumais  la télévision, je me sentais très mal, j’ai vu un numéro s’afficher, et je l’ai composé, une cellule psychologique, moi qui me disais que je n’en n’aurais jamais besoin, la personne que j’ai eu au bout du fil, a su mettre des mots sur ma douleur, et si je vous en parle aujourd’hui, c’est avec un recul impressionnant, que je pensais ne jamais retrouver. Si vous n’êtes pas bien, ayez recours à des professionnels, ne vous enfermez pas dans votre mal être, pour le bien de vos enfants, pensez à eux! Ayez ce courage de dire, je ne vais pas bien! Le lundi, qui a suivi, je sentais qu’ils voulaient parler, je ne leur ai rien demandé, mais ils sont venus, se sont installés dans la bibliothèque, et ont souhaité parler.

Voilà où je veux en venir, ils n’appréhendent pas l’immédiateté de ce qui s’est passé comme nous, il y a un amalgame très flou dans leur tête. je ne suis pas venu, en leur demandant comment ils allaient, j’ai choisi qu’ils viennent spontanément, avec leurs flots de questions. Oui! Muriel! Allez vous me dire! c’est différent, ce ne sont pas tes enfants, c’était dans le cadre de ton travail! Je répondrais, oui! certes! mais vous, en tant que parents, vous devrez adopter la même attitude, si ce n’est redoubler d’efforts, et de vigilance!

Une petite n’arrivait plus à dormir, elle avait peur que les méchants viennent dans sa chambre, alors elle coinçait sa porte, ne les grondez surtout pas s’ils font pipi dans leur lit, ou à la sieste à l’école,pendant un petit moment, cela peut arriver, ou des cauchemars, demandez leur de vous expliquer leurs cauchemars. ne les empêchez pas de jouer à la guerre, ou de mimer, des actes, cela va les libérer. Seulement, empêcher juste l’escalade, en surveillant du coin de l’œil, et faites lui comprendre, qu’il est en train de jouer!  Et pour les plus grands, surtout qu’ils ne s’enferment pas dans leur colère! Observez vos enfants, soyez particulièrement attentifs, à leurs propos, car tout ce qu’ils diront ne sera jamais anodin, rassurez les, du mieux que vous pourrez!

Pour les plus grands, c’est différent, à partir de 6 à 9 ans, ils ont une idée déjà assez précise, mais encore floue, ils ne veulent pas trop se sentir impliqués, ils entendent, comprennent, mais n’assimilent pas toujours tout exactement, on va dire. De 10 ans jusqu’à plus, ils ne sont plus naïfs, mais ce que vous pouvez faire déjà, c’est ne pas mettre les informations en boucle, c’est très mauvais, car la surinformation augmente la psychose de l’enfant, l’ado, le pré-ado! Et la vôtre aussi, donc cela va entraîner, que vous allez la lui transmettre, chers parents, sachez faire la part des choses! Pour eux! Si vous voulez, vous, en tant qu’adultes, vous informer, faites le ! Mais avec parcimonie, oui! C’est facile à dire! Mais croyez moi, que dans la cour de l’élémentaire, du collège, du lycée, de la fac, au café, entre potes, ils vont en parler beaucoup, échanger entre eux, alors, rentrer à la maison, ce n’est pas pour en rajouter de plus belle! Il y a leur monde et votre monde avec eux! Dehors, ils vont entendre des horribles choses, amplifiées, déformées, puis, ils vont vous poser des questions, à laquelles parfois, vous ne saurez même pas répondre!Mais n’oubliez pas, votre responsabilité, vous êtes leurs remparts! Rétablissez les idées reçues, et les affirmations absurdes, et fausses, qu’on leur a mis dans la tête!

Concrètement, pour les plus petits, le monde est partagé entre les méchants et les gentils!Soyez vagues, aucun détail,parlez en globalité! exemple de question que j’ai eu, pourquoi les méchants ils ont tué les gentils? Parce que les méchants croient que c’est la guerre, alors ils ont décidé, que même les gentils ils les tuent. Lorsque j’ai répondu cela à un garçon de 5 ans, il m’a répondu, c’est pas bien! et il était satisfait de ma réponse, et il est reparti jouer. Ou alors c’est dangereux les armes? oui, ça tue! c’est pas comme dans les jeux vidéos, où il y a du rouge par terre, après, on est de nouveau vivants, et vous savez ce qu’il m’a répondu? oui! je sais! 5 ans! mon frère il joue à des jeux de guerre, et il a des vies parfois! J’étais scotchée! mais voilà, on se fait des idées , on prépare ce qu’on va dire , pour ne pas « choquer » leur enfance! Mais parfois ils sont impressionnants de vérité, et de discernement!J’ajoute une autre question que j’ai eue, et que j’ai oublié, d’une petite fille de 4 ans et demie, très éveillée, Muriel, est-ce que les méchants vont se faire attraper par les policiers? Oui, je lui ai répondu, tu vois mon métier, c’est la bibliothèque! eux ils sont là pour protéger les gens, et elle me dit ah!Ils font bien leur métier alors! J’ai souri, et je me suis dis intérieurement, que si elle me disait cela, c’est que je faisais bien mon métier alors!

Dans ce métier, j’ai pu tirer cette conclusion, que les enfants sont ouverts sur tout, ont les yeux et les oreilles partout, sur le monde et leur entourage!

Pour les plus grands, ils vont vous donner leur point de vue, en répétant ce qu’ils auront entendu, soyez vigilants, sur leur propre esprit critique, leurs réflexions, demandez toujours, d’une façon subtile, si c’est lui qui le pense ou il l’a entendu dire! Vous le saurez, si vous même êtes attentifs à ce qu’il dit! Et imposez vous ce recul nécessaire et indispensable pour avancer, reprendre le dessus, et s’armer de courage, et affronter les choses, avec eux , pour qu’ils sentent que vous êtes à leurs côtés, et qu’ils peuvent compter sur vous, plus que jamais!

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A propos Muriel

Je rêverais d'un monde où tous les enfants, les jeunes seraient heureux et en sécurité! Malheureusement c'est un vœu pieux, alors je ne cesse d'élever ma voix pour défendre leur cause en étant leur porte-parole!! Rejoignez-moi si vous vous sentez concernés!!
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2 commentaires pour Face aux attentats…

  1. laetitia levy dit :

    merci pour cet article ! il permettra sans nul doute d’aider les parents pouvant être démunis de réponses face aux questions que pourraient poser leur(s) enfant(s).

    J'aime

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